Objectif 21h08
1-2 Septembre 2007
21h08 est l'heure de départ du train de nuit qui relie Saint Gervais à Paris, voilà l'objectif du dimanche soir sachant qu'entre temps il faudra aller grimper dans les dalles sous l'envers puis faire la Contamine au Moine et enfin redescendre par la voie normale réputée pour être très paumatoire! Par conséquent, nous sommes prêts à louper le train du Montenvers et redescendre à pieds jusqu'à Chamonix... mais pas celui de Saint Gervais.

Samedi matin, premier train du Montenvers. Je commence à m'habituer à le prendre celui là. Nous passons par le nouvel itinéraire qui évite de nombreuses échelles pour prendre pied sur le glacier. Bien sûr, têtue comme une mule, je refuse de mettre mes crampons qui sont bien enfouis en fond du sac, ce qui me vaudra de demander un peu d'aide à 2-3 reprises! Ne les ayant pas sortis une semaine auparavant, pourquoi en aurai-je besoin cette fois-ci, hein?
Souhaitant profiter au maximum de notre journée en montagne afin de ne pas faire que la montée en refuge, Nicolas me propose d'aller grimper aux dalles sous l'Envers. Une fois au pied de la voie, je suis bien contente de voir que la première longueur en 6B est trempée et que nous devrons prendre la variante en 5B. Il faut dire que ce qui nous attend demain devrait être fatiguant et je ne souhaite pas brûler des cartouches à ce stade.

La plus jolie longueur de la voie est cette immense fissure où l'on doit souvent s'entendre dire "aïe, aïe, ça fait mal les coincements de pieds". Presque 50m, avec un pas de dalle au départ un peu fuyant. C'est vraiment chouette. Les cotations entre l'ancien et le nouveau topo diffèrent pas mal, j'opterai pour des cotations intermédiaires. Bien que ceci soit très subjectif.

Quelques heures plus tard nous voilà remis sur pieds pour monter au merveilleux refuge du Couvercle. Un de mes préférés je crois: non seulement la vue y est impressionnante et nous y sommes toujours très très bien accueillis (que l'on prenne la 1/2 pension ou non). La cuisine en plus d'être bonne est aussi copieuse et le refuge est plein de charme. Bref, un refuge 4*.

Nous retrouvons Laure et Dani pour le diner qui reviennent de 3 semaines de vacances. Ambiance Gala / Paris Match pour se mettre à jour! Eux partent pour la voie normale des droites et nous, toujours pour la Contamine dans la face Est du Moine.
A priori rien, mais en fait si! La suite dans quelques lignes.

Réveil 5h00 départ 5h45, miaaamm, c'est bon le pain d'épices au petit déjeuner. De nuit les cairns sont nettement moins visibles que de jour mais nous suivons la ligne directrice qui nous permet de rejoindre le glacier de Talèfre. Ensuite ça se complique. Il faut trouver les deux cheminées évidentes mais nous sommes trop bas! Quand nous trouvons enfin le départ il est trop tard pour grimper pour avoir une chance d'avoir le train de 21h08.


Maintenant, sans topo, il va falloir trouver une solution de repli: Option A: revenir au refuge puis repartir pour faire la voie normale du Moine; option B demander aux cordées que nous croisons ce qu'elles vont faire et voir si c'est dans nos cordes. La traversée Nonne-Evêque sera pour nous l'option B.

A l'attaque de la brèche, ça se bouscule. Il y a déjà 4 cordées (Caf Bonneville). Nous trouvons une légère variante pour éviter les embouteillages et puis comme nous avons les chaussons, nous en profitons pour les mettre. Ensuite c'est toujours tout droit puis on traverse vers le Nord. Nous sommes bien contents tout de même de pouvoir profiter des infos que nous donnent les cordées de tête. La course est une ballade (on peut tout faire corde tendue) dans un rocher sûr et surtout un panorama GRANDIOSE. Versant Talèfre: Les Grandes Jorasses, Les Droites, les Courtes et versant Charpoua: Le Mont Blanc, la mer de Glace, Les grands Charmoz.

Pour communiquer, Nicolas avait pris avec lui des talkies-walkies. Assez dubitative sur l'utilité de ces engins (par rapport au poids supplémentaire à porter), je me prends vite au jeu. Cela fait bizarre de murmurer "bout de corde, relais...." alors que d'habitude le niveau de décibels est nettement plus haut. Et cela m'a fait encore plus bizarre d'entendre d'autres voix sur la même fréquence! Et cela me fait encore, encore, encore plus bizarre de me taper la discute avec une autre cordée qui évolue dans Grépon - Mer de Glace. Incroyable, non?

Alors voilà, on papote, on se demande à quelle heure on sera au train du Montenvers, on rigole, on échange nos impressions. Le plus incroyable c'est cette espèce de lien virtuel qui se crée dans un environnement où la communication est souvent réduite au strict minimum et on en vient même à s'inquiéter du bon déroulement de la course de l'autre cordée. Vraiment, une expérience fabuleuse qui a égayée notre paresseuse course de ce dimanche. Je vote oui pour les talkies!