30-31 Juillet 2006
La traversée Rochefort - Grandes Jorasses: De Torino à la Pointe Marguerite
Départ de Torino à 4h30. La nuit est étoilée mais le coeur n'y est pas: nous venons d'apprendre la présence de deux corps de femmes dans la rimaye sous la dent du géant. Glauque. Je suis tétanisée au moment de franchir la rimaye de peur de les aperçevoir, heureusement il fait encore nuit noire. Nous apprendrons par la suite que des espèces de voyeuristes malsains joueront de leurs objectifs pour les prendre en photo....
Le jour se lève et les vertigineuses arêtes de Rochefort se dévoilent sous nos yeux. C'est magnifique. Nous avançons concentrés sachant que la journée va être longue. Nous passons l'aiguille de Rochefort, des cordées nous suivent, certaines font demi tour, d'autres s'engagent dans le gouffre de la rimaye du mont Mallet puis, peu avant la calotte de Rochefort nous découvrons les Grandes Jorasses et l'itinéraire que nous allons suivre. Si seulement j'étais un oiseau...
Spectacle epoustouflant, pinacles et gendarmes cohabitent dans ce dédale de pierres branlantes. Nous croisons une cordée d'Italiens qui nous font douter: la météo annoncée excellente pour 3 jours se dégrade dès demain. Que faire? Demi tour? Après une bonne demi heure de reflexion nous décidons de continuer. Notre stratégie est de toute façon de bivouaquer à la pointe Marguerite afin de passer toutes les difficultés le permier jour sur un rocher chaud. Nous n'avons qu'un brin de 60 et nous savons qu'une fois à Canzio, il ne nous sera plus possible de rebrousser chemin.
Enfin voici le bivouac Canzio que nous atteignons en 5 rappels (du sommet, faire un premier rappel en oblique vers la gauche puis continuer dans l'axe). Deux énormes sacs poubelles jonchent le sol. Décidemment, le comportement des alpinistes m'étonnera toujours.
La pointe Young se mérite: en 4h00 nous serons au sommet. Les sacs nous pèsent, nous nous trompons d'itinéraire, nous contournons 3 cordées d'allemands qui descendent sur Canzio en envoyant des parpaings dans la face, la dernière longueur est vraiment dure et engagée. Pierre me dit : "Si ça c'est du 4 sup, j'arrête l'alpinisme". Rebuffat, il va falloir songer à changer tes cotations!. Ambiance! Nous testons chaque prise à deux fois, car une chute serait probablement fatale. Enfin sommet, la pointe Marguerite nous semble proche maintenant. Encore 2 ou 3 heures et nous y sommes, fatigués mais heureux. Nous appelons le PGHM pour leur confirmer notre position et avoir un point météo (peu probant). C'est rassurant de savoir qu'au bout du fil, il y a quelqu'un qui pense à nous.
Le vent se lève, il emporte ma paire de chaussettes supplémentaire et le bout de karimat de Pierre. Nous nous emmitouflons dans nos doudounes et dégustons d'excellents lyophilisés.
La nuit sera longue, assis sur notre vire, les pieds dans le sac à dos. Dès que je bouge, c'est la crampe et le vent fait sans cesse claquer la couverture de survie et le sursac que Pierre m'offre. Un vrai luxe à cette altitude. Il doit faire -2/-3°C mais le vent n'arrange rien. Nous sommes confiant, notre stratégie est la bonne, les difficultés sont derrière nous.
La traversée Rochefort - Grandes Jorasses: De la pointe Marguerite à Planpincieux
Clac clac clac... nous claquons des dents. Je m'en souviendrai de mon premier bivouac à 4000m. Le temps est moyen et nous ne quitterons ni le collant, ni les gants ni le bonnet pour grimper. Les arêtes se succèdent, très aériennes. Je redouble encore d'attention, chaque prise est vérifiée. Je ne suis pas toujours à l'aise dans ce terrain. Les nuages deviennent de plus en plus nombreux et le vent persiste. Après environ 4h00 nous serons au sommet, dans les nuages. Quelques cordées dans la Walker, 200m peut être sous le sommet.
La descente est longue et pénible. Dans le brouillard, et puis badaboum, l'orage et la foudre qui touche l'épaule de Pierre, heureusement sans gravité. La pluie... rend les rochers glissants. C'est long. Nous pensons aux autres cordées dans la Walker et peut être aux autres qui ont dormi à Canzio. Je leur souhaite d'avoir fait demi tour.
Crevasses gigantesques, pont de neige en dentelles (je ne sais toujours pas comment nous avons fait pour passer sans tomber dedans), sauts à la Carl Lewis. Bref, c'est la fin pour ne pas dire c'est fini car le glacier est un vrai gruyère. Enfin, le refuge Boccalate....il pleut des cordes. Nous repartons.. encore 2h00 pour planpincieux. La bière et la pizza du K2 au dessus du téléphérique sont vraiment bonnes. Voilà une bonne chose de faite qui n'est plus à faire. C'est sûr, je ne reviendrai plus dans ce tas de caillasses! Merci à Vanessa, Franck et Olivier pour les infos et topos sur la course (Topo dispo dans un vieux Vertical).
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