Traversé du Lyskamm O-E, une arête aux courbes italiennes et délicieusement suisse
Comme d'habitude je prépare mes affaires la veille d'une course, comme d'habitude je mets dans la voiture crampons, piolets et chaussures et comme d'habitude je mets la musique à fond une fois
partie. Mais ce vendredi, pas comme d'habitude je me rends compte que j'ai oublié....... mon sac à dos.
Incroyable, tout est là dans le coffre, de la frontale à la bombonne de gaz, des chaussettes de rechange à la crème solaire mais pas de sac à
dos. Catastrophe, celle là, je ne l'avais encore jamais faite. Bon, après quelques coups de téléphones infructueux et en dernier recours je réussis à me faire prêter un sac à dos par le gérant d'un
hôtel ou j'avais séjournée il y a quelques années.
Ouf, j'arrive pile à l'heure pour rejoindre Aline et Sébastien. On charge la voiture et hop, direction Zermatt. A partir de là, on sort la carte
bleue à tout bout de champ. Mais bon, il faut bien payer son sommet non?
C'est dans le brouillard que nous quittons le Petit Cervin ou KleinMatterhorn pour rejoindre le bivouac Rossi et Volante. Et dans le brouillard
c'est une autre paire de manche pour y aller. Un accueil chaleureux nous attend: 12 personnes sont là, allongés sur les couchettes et c'est à peine si nous avons le droit à un bonjour. On essaye
aussi Buongiorno, Hello... l'effet est le même.
C'est un peu la bataille ici pour se faire à manger mais tout rentre dans l'ordre rapidement. Dans la soirée j'en profite pour lire le topo du
coin en anglais. Quelle surprise! Ici on parle de compétences requises pour telle ou telle course. La cotation ne se résume donc pas seulement à une difficulté technique et à un engagement.
J'apprends donc que pour faire la traversée du Lyskamm il faut une "steady balance" et un excellent "managing cramponning". Ils sont trop forts ces anglais!
La nuit sera très très courte et nous avons tous du mal à dormir serrés comme des sardines. Une petite surprise nous attend au reveil: 10-15 cm
de neige sont tombés dans la nuit. Mais heureusement le ciel est dégagé et seules les étoiles et les frontales brillent. Nous nous enfonçons dans la neige et nous relayons avec une cordée
d'Helvètes pour faire la trace.
Derrière nous, de plus en plus de cordées nous suivent bien contentes j'imagine que la trace soit faite. Nous atteignons le sommet du Castor peu
après 6h00 et enfin le jour pointe le bout de son nez pour nous réchauffer. Car il faut clairement le dire, ici, ça pèle!
On devine maintenant le Lyskamm qui se profile sous nos yeux avec ses arêtes connues pour être vertigineuses et cornichées. Nos efforts seront
récompensés arrivés au premier sommet. Une vue à couper le souffle.
Plus nous avançons, plus les arêtes se rétrécissent et s'effilent et plus elles requièrent de l'attention. C'est avec grande précaution que nous
avançons, pas à pas, sur ce fil vertigineux à 4500m d'altitude jusqu'au sommet E.
Nous croisons Laure et Dani... C'est vraiment sympa de se retrouver dans cet univers si majestueux. Et ça fait toujours plaisir de partager ses
impressions. Nous rejoignons ensuite le bivouac F- Giordano suffisamment tôt pour nous assurer une place couchette!
Là encore, le bivouac va se remplir tout au long de la journée pour atteindre un taux de remplissage de 300%. Nous sommes environ 20 et il n'y a
que 6 places. La table ira dormir dehors et nous, nous irons dans les couchettes sauna en haut. Il doit faire 30 degrés là dedans, c'est infernal. Des italiens, des croates, de polonais, des
suisses.... toute l'Europe ou presque est blottie dans cette cabane en métal. Ambiance garantie!
Evidemment, le reveil n'aura pas besoin de sonner à 2h30 et le plus compliqué ce matin sera de récupérer nos affaires dans tout ce désordre.
Notre objectif est d'aller faire la Pointe Dufour mais le vent, le froid et le manque de matériel nous feront renoncer au Zumsteimpitze.
Et c'est sans regret car nous en avons pleins les mirettes!
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